À travers le pays, de Bruxelles-Ville à Liège, de Gent à Namur, la demande d’un enseignement numérique plus solide s’impose comme une priorité éducative. Selon une enquête relayée par la Représentation de la Commission européenne en Belgique, 70% des Belges estiment que les compétences numériques devraient recevoir la même attention à l’école que la lecture et l’écriture, signe d’un basculement des attentes sociétales vers un socle digital universel (Représentation de la Commission européenne en Belgique, 11/12/2025).
Importance des compétences numériques
Un nouveau socle fondamental pour les étudiants
Les compétences numériques ne relèvent plus d’un atout différenciant : elles constituent une exigence de base pour les étudiants, dès l’enseignement secondaire et jusqu’au supérieur. Les usages concrets vont de la recherche documentaire en ligne à l’analyse de données, en passant par l’écriture collaborative sur des plateformes sécurisées. Dans un pays où plus de neuf ménages sur dix disposent d’une connexion internet, l’école ne peut se contenter d’un rôle d’observateur ; elle doit façonner les pratiques, garantir l’inclusion et développer l’esprit critique (Statbel, TIC ménages, 2023).
Au niveau des attentes du public, les données européennes confirment la hiérarchisation des priorités. En Belgique, sept personnes sur dix soutiennent que la maîtrise du numérique doit être enseignée avec la même intensité que les fondamentaux traditionnels. Cette perception traduit la conscience collective des enjeux : accès à l’emploi, participation à la vie citoyenne, compréhension des algorithmes et des plateformes. Elle renvoie également à l’impératif d’assurer une éducation Belgique qui reste compétitive et équitable dans un contexte d’économie digitale (Représentation de la Commission européenne en Belgique, 11/12/2025).
Sur le marché du travail, la demande explose. En Flandre comme en Wallonie et à Bruxelles, les organismes d’emploi relèvent que les métiers en tension intègrent une composante numérique, qu’il s’agisse d’outils bureautiques avancés, d’ERP, de bases de données ou de gestion de réseaux sociaux. Cette réalité s’observe dans des écosystèmes variés, de Louvain-la-Neuve et son pôle universitaire à Anvers et son port hautement numérisé. Les étudiants sans socle numérique solide voient ainsi leur insertion fragilisée, un constat qui renforce la nécessité d’un enseignement numérique accessible et structurant (Fondation Roi Baudouin, Baromètre de l’inclusion numérique 2022).
Compétences transversales : de l’esprit critique à la cybersécurité
Le numérique à l’école ne se limite pas aux dispositifs techniques. Les priorités incluent l’évaluation de la fiabilité des sources, la compréhension du fonctionnement des moteurs de recherche, et la capacité à différencier information éditoriale et contenu publicitaire. Dans un contexte où la désinformation circule rapidement sur les réseaux, former les étudiants à analyser, référencer et contextualiser les contenus est un enjeu démocratique tout autant que pédagogique. Des villes universitaires comme Leuven ou Liège, où l’activité scientifique et médiatique est dense, appellent une pédagogie de la vérification et de la traçabilité des sources (OCDE, PISA 2022 – cadres de compétence).
À ces dimensions s’ajoutent la protection des données et la cybersécurité : gestion des mots de passe, authentification multifactorielle, paramétrage de la confidentialité, mais aussi éthique de l’IA générative. Pour les élèves de secondaire à Bruxelles-Capitale comme pour les étudiants de Mons, l’anticipation des risques et le respect des règles RGPD à l’échelle scolaire deviennent des apprentissages concrets. L’enjeu est d’installer des réflexes durables, en particulier dans les environnements partagés (ENT, suites collaboratives, outils d’évaluation) (Autorité de protection des données – Belgique, guides éducatifs).
Les compétences numériques touchent enfin aux méthodes de travail : structurer une veille, automatiser des tâches de base, exploiter des feuilles de calcul, produire un rapport multimédia, présenter des données. Ces savoir-faire augmentent la réussite académique, notamment dans les filières STEM, sciences humaines et gestion. Les écoles de Charleroi, Namur ou Hasselt qui intègrent des projets de codage, de data literacy ou de design d’information observent des bénéfices transversaux sur l’expression écrite, la résolution de problèmes et l’autonomie (OCDE, PISA 2022 – cadres de compétence).
Bon à savoir : En Belgique, 70% des citoyens souhaitent que les compétences numériques soient enseignées au même niveau que la lecture/écriture : un mandat sociétal clair pour les écoles et les hautes écoles (Représentation de la Commission européenne en Belgique, 11/12/2025).
Inclusion et réduction de la fracture numérique
La généralisation des usages cache une ligne de fracture : le Baromètre de l’inclusion numérique de la Fondation Roi Baudouin estime qu’une part importante de la population reste en vulnérabilité numérique, par manque d’équipement, de compétences ou d’accompagnement. Cette vulnérabilité touche aussi des familles d’étudiants, notamment dans certains quartiers de Bruxelles (Molenbeek-Saint-Jean, Anderlecht), ou dans des communes à revenu médian plus faible en Wallonie (Seraing, La Louvière), où l’accès à un ordinateur personnel et à une connexion stable demeure inégal (Fondation Roi Baudouin, 2022).
Pour l’école, la compétence numérique devient donc un levier d’égalité : former tous les élèves à un niveau commun réduit l’écart entre ceux qui ont baigné dans un environnement digital à domicile et ceux qui n’y ont un accès qu’au travers des infrastructures publiques (bibliothèques, CPAS, espaces publics numériques). Les bibliothèques de quartier à Namur, Liège ou Schaerbeek, souvent connectées aux réseaux de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la VGC, jouent à cet égard un rôle d’appui logistique et pédagogique (Réseaux de lecture publique – FWB).
Au-delà de l’équipement, l’accompagnement humain est déterminant. L’apprentissage numérique demande du temps, des scénarios pédagogiques, et une évaluation formative adaptée. Les étudiants, surtout en première année supérieure à l’ULB ou à l’UCLouvain, bénéficient de tutorats numériques, d’ateliers bibliothécaires et de modules en ligne d’initiation aux données. Ces efforts conjugués renforcent l’autonomie et réduisent l’abandon en début de cursus, objectif partagé par les établissements de Louvain-la-Neuve, Liège et Gand (rapports institutionnels universitaires, 2021–2024).
Initiatives actuelles en Belgique
Digisprong en Flandre : un investissement structurant
En Flandre, le programme Digisprong a marqué un tournant. L’initiative engage un investissement substantiel pour équiper les écoles, renforcer la connectivité et soutenir la formation continue des enseignants. Le dispositif prévoit notamment l’achat d’équipements individuels pour les élèves du secondaire et l’amélioration des réseaux internes des établissements, avec un accent sur la cybersécurité et la gestion centralisée. Les écoles de Gent, Anvers ou Courtrai ont, pour beaucoup, modernisé leurs salles informatiques et déployé des parcs d’appareils mobiles grâce à ces fonds (Vlaanderen – Digisprong, 2021–2024).
Digisprong finance aussi la production de ressources pédagogiques numériques de qualité, alignées sur les objectifs d’apprentissage, et met en place des référents numériques au sein des établissements. Ce maillage vise à assurer un usage pédagogique pertinent plutôt qu’un simple empilement d’outils. Les premières évaluations qualitatives signalent une augmentation de l’usage régulier de plateformes éducatives sécurisées et un meilleur suivi des acquis, notamment dans l’enseignement technique et professionnel (Vlaanderen – Digisprong, 2021–2024).
Le volet accompagnement reste central : l’objectif affiché est de permettre aux écoles de s’approprier durablement les outils, y compris pour les élèves à besoins spécifiques. Les centres d’appui pédagogique à Leuven et Hasselt ont diffusé des guides de bonnes pratiques, avec des scénarios d’apprentissage différencié exploitant le numérique. Cette approche met le cap sur une intégration progressive, tenant compte des réalités de terrain des réseaux GO!, catholique et communal (Vlaanderen – Digisprong, 2021–2024).
Fédération Wallonie-Bruxelles et Digital Wallonia : structurer l’écosystème
Côté francophone, la Fédération Wallonie-Bruxelles et Digital Wallonia articulent plusieurs programmes visant l’équipement, la formation et la production de ressources. Le dispositif École Numérique, piloté en lien avec la Wallonie, a permis de soutenir des centaines de projets pédagogiques, depuis des classes mobiles à Liège jusqu’à des laboratoires créatifs à Namur. L’objectif est double : stimuler l’innovation pédagogique et développer des compétences numériques transférables (Digital Wallonia – École Numérique, éditions récentes).
Parallèlement, des référentiels de compétences numériques sont progressivement intégrés dans les plans d’études, en cohérence avec le Pacte pour un enseignement d’excellence. Les écoles de Charleroi, Mons et Arlon expérimentent des parcours gradués : littératie médiatique au premier degré, bases de la programmation au deuxième, et data literacy ou IA responsable en fin de secondaire. Cette structuration s’accompagne d’investissements dans la connectivité des bâtiments scolaires et la sécurisation des environnements d’apprentissage (Fédération Wallonie-Bruxelles – ressources numériques, 2022–2024).
À Bruxelles-Capitale, plusieurs communes – dont Schaerbeek, Ixelles et Anderlecht – soutiennent l’équipement des établissements via des subsides ponctuels, tandis que le CIRB renforce la mutualisation de services numériques pour les écoles du réseau public. L’articulation avec les transports en commun (STIB) et les bibliothèques communales facilite par ailleurs l’accès des étudiants à des espaces connectés pour les devoirs en ligne. Ces politiques locales jouent un rôle d’égalisation des chances, surtout dans les quartiers à densité élevée comme Matonge ou le quartier Maritime (CIRB – dispositifs scolaires numériques, 2022–2024).
Attention : L’équipement ne suffit pas : sans stratégie pédagogique, maintenance et formation, les appareils restent sous-utilisés. Plusieurs audits publics en Belgique et ailleurs montrent que les effets sur les apprentissages dépendent davantage de l’accompagnement que du volume de matériel acheté (OCDE – Panorama des politiques éducatives, 2021–2023).
Partenariats locaux et tiers-lieux d’apprentissage
Au-delà des politiques régionales, des partenariats renforcent l’écosystème. Les Hautes Écoles à Liège, Louvain-la-Neuve et Bruxelles développent des modules certifiants à destination des professeurs du secondaire, souvent en collaboration avec les bibliothèques universitaires. Des fablabs scolaires, parfois soutenus par des intercommunales ou des fondations, offrent des espaces pour manipuler capteurs, imprimantes 3D et microcontrôleurs. L’objectif n’est pas de former tous les étudiants à l’ingénierie, mais de développer une culture de projet et une compréhension concrète des technologies (réseaux de fablabs éducatifs – publications locales, 2021–2024).
Les espaces publics numériques (EPN), présents en Wallonie (Namur, Tournai, Verviers) et à Bruxelles (Saint-Gilles, Bruxelles-Ville), constituent un maillon essentiel pour les devoirs, les démarches administratives et la remédiation. Dans les quartiers moins bien équipés, ces lieux complètent l’action scolaire en fournissant des ordinateurs, une connexion fiable et une médiation humaine. Le Baromètre de l’inclusion numérique de la Fondation Roi Baudouin souligne d’ailleurs l’utilité de ces guichets de proximité pour réduire la fracture (Fondation Roi Baudouin, 2022).
Enfin, plusieurs établissements secondaires en Flandre orientale et en province de Luxembourg expérimentent des horaires flexibles et des « semaines projets » consacrées au numérique : datajournalisme local, cartographie participative, ou création de podcasts éducatifs. Ces formats encouragent l’interdisciplinarité, tout en mobilisant des compétences concrètes en recherche, traitement de données, écriture et communication multimédia (rapports d’établissement – 2022–2024).
Rôle des enseignants dans le numérique
Des médiateurs pédagogiques, pas de simples techniciens
Le succès du numérique école dépend d’abord des enseignants. Leur rôle est de transformer des outils en leviers d’apprentissage : scénariser des activités, choisir des applications adaptées, évaluer les acquis et anticiper les risques. Les enquêtes internationales TALIS de l’OCDE montrent que, dans de nombreux systèmes, les enseignants déclarent un besoin significatif de formation continue en matière de TIC éducatives, un constat également observé en Belgique francophone et en Flandre (OCDE, TALIS 2018 – Belgique).
La plus-value du professeur se situe dans l’alignement pédagogique : faire correspondre une compétence visée (argumenter, résoudre, modéliser) à un usage numérique précis (tableur, simulateur, éditeur collaboratif). À Bruxelles, des équipes pédagogiques de Schaerbeek et d’Ixelles ont par exemple structuré des grilles de correspondance entre objectifs d’apprentissage et outils, pour éviter la dispersion et concentrer l’effort sur quelques plateformes stables. Cette sobriété appliquée améliore la lisibilité pour les étudiants et réduit la charge cognitive (rapports d’établissement – 2022–2024).
Le rôle de l’enseignant est aussi éthique et citoyen. Les cours de sciences humaines à Liège, Mons ou Namur intègrent de plus en plus l’analyse des biais algorithmiques, du ciblage publicitaire et de la traçabilité des données. Les étudiants apprennent à documenter les sources, à citer les contenus et à respecter les licences. Ces dimensions forment un socle de littératie numérique qui dépasse la technique et renforce l’esprit critique (OCDE, PISA 2022 – littératie numérique).
Formation continue et accompagnement
En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’offre de formation continue à destination des enseignants s’est étoffée, avec des modules sur la gestion de classes hybrides, l’accessibilité numérique et l’évaluation formative en ligne. En Flandre, Digisprong prévoit des parcours de professionnalisation pour développer des compétences numériques spécifiques et créer des communautés de pratique au sein des établissements. Ces dispositifs répondent à une demande claire du terrain : disposer d’un temps dédié, de pairs référents et de ressources contextualisées (Vlaanderen – Digisprong ; FWB – formations numériques, 2021–2024).
Les directions jouent un rôle de facilitation. À Bruxelles-Ville, Anderlecht et Uccle, certaines écoles ont nommé des coordinateurs numériques chargés de la cohérence des outils, de la gestion des licences et de l’appui aux équipes. Ces fonctions permettent de mutualiser les bonnes pratiques et d’éviter les redondances. Le suivi de la sécurité, de la protection des données et des mises à jour logicielles fait également partie de leur mission, en lien avec les autorités organisatrices (CIRB – sécurité des systèmes éducatifs, 2022–2024).
La collaboration inter-degrés et inter-réseaux progresse aussi. Des enseignants du primaire à Charleroi échangent avec leurs homologues du secondaire sur des progressions de compétences numériques continues, tandis que des professeurs de HE et d’universités à Liège ou Leuven co-construisent des modules d’initiation à la recherche documentaire pour les premières années. Cette continuité pédagogique limite les ruptures et permet une montée en compétences graduelle (réseaux pédagogiques – 2022–2024).
Bon à savoir : Structurer l’écosystème autour d’outils limités mais interopérables réduit les coûts et la surcharge cognitive : une suite bureautique collaborative, un ENT, des ressources ouvertes soigneusement sélectionnées et des protocoles RGPD clairs constituent une base robuste (CIRB ; FWB – bonnes pratiques RGPD en milieu scolaire).
Évaluer autrement les compétences numériques
L’évaluation reste un point de vigilance. Des écoles à Liège, Namur et Gand travaillent sur des grilles d’évaluation explicites pour les compétences numériques : recherche d’information, traitement de données, production multimédia, collaboration en ligne, cybersécurité de base. L’objectif est de rendre visible ce qui est appris et d’aligner les critères avec les référentiels régionaux. Ces grilles s’accompagnent souvent de portfolios numériques où les étudiants conservent preuves et réflexions, facilitant le dialogue avec les parents et les équipes éducatives (rapports d’établissement – 2022–2024).
La remédiation est facilitée par des outils adaptatifs et des banques d’exercices. À Mons ou à Louvain-la-Neuve, des centres de réussite proposent des modules ciblés sur la gestion de fichiers, la modélisation de données ou la présentation visuelle d’arguments. Cette approche par compétences, mesurée et progressive, aide particulièrement les étudiants en transition vers l’enseignement supérieur, où les attentes en autonomie et en rigueur documentaire sont plus élevées (centres d’aide à la réussite – publications locales).
Enfin, l’ouverture vers des certifications externes – compétence numérique citoyenne, bureautique avancée, littératie de données – favorise la reconnaissance des acquis par les employeurs régionaux, qu’il s’agisse de PME à Anvers ou de services publics à Namur. Cette passerelle renforce l’attractivité des parcours et clarifie les attentes en termes de compétences numériques transférables (réseaux d’entreprises – témoignages institutionnels, 2023–2024).
Témoignages d’étudiants
Ce que disent les enquêtes
Les voix étudiantes s’expriment d’abord via les enquêtes quantitatives. L’indicateur relayé par la Représentation de la Commission européenne en Belgique est sans ambiguïté : une large majorité des citoyens, dont les étudiants, veut que l’école traite les compétences numériques comme des fondamentaux, au même niveau que la lecture et l’écriture (70%) (Représentation de la Commission européenne en Belgique, 11/12/2025). Ce signal rejoint les retours collectés par plusieurs établissements belges après la période de cours hybrides : besoin de plateformes stables, de supports uniformisés et d’une formation explicite aux usages académiques.
Les baromètres de l’inclusion numérique complètent ce tableau. La Fondation Roi Baudouin souligne que la vulnérabilité numérique touche encore une partie des ménages, ce qui impacte directement les conditions de travail des étudiants à domicile : accès à un ordinateur personnel, qualité du réseau, maîtrise des outils de base. Dans des communes bruxelloises à densité élevée et dans certaines zones périurbaines wallonnes, les étudiants déclarent recourir davantage aux bibliothèques, EPN et salles informatiques des écoles pour compenser ces manques (Fondation Roi Baudouin, 2022).
Au sein des universités, les bilans institutionnels convergent : les étudiants plébiscitent des cours où les objectifs d’apprentissage, les ressources numériques et les modalités d’évaluation sont clairement alignés. Ils demandent également des formats asynchrones combinés à des séances présentielles ciblées, pour mieux gérer le temps et approfondir. Les centres d’aide à la réussite à Bruxelles, Liège ou Leuven observent qu’une grande partie des demandes concerne la méthodologie numérique : organisation de fichiers, veille, techniques de prise de notes numériques et citation des sources (publications institutionnelles, 2021–2024).
Expériences de terrain observées
Les retours consolidés d’écoles à Namur, Tournai, Anvers et Hasselt indiquent que les étudiants s’engagent davantage quand les projets numériques ont une dimension concrète : collecte de données de quartier, cartographie, réalisation de podcasts locaux ou création de mini-sites documentaires. Ces expériences favorisent l’appropriation des compétences numériques et donnent du sens aux apprentissages. À Bruxelles, des projets croisant médias scolaires et institutions culturelles (BOZAR, bibliothèques communales) ont stimulé l’expression multimédia tout en renforçant l’esprit critique (rapports d’établissement – 2022–2024).
Les étudiants mentionnent aussi l’importance d’un environnement technique fiable : connexion stable dans les bâtiments scolaires, accès simplifié aux plateformes, compatibilité des formats. Les établissements qui ont clarifié les procédures d’accès, standardisé quelques outils et fourni des tutoriels voient une diminution des demandes de support. Cette fiabilité contribue au climat de classe, réduit le stress lors des évaluations en ligne et recentre l’attention sur le contenu (CIRB – bonnes pratiques d’infrastructure éducative, 2022–2024).
Enfin, les services de stage et d’insertion professionnelle à Louvain-la-Neuve, Gand et Anvers confirment que des portfolios numériques bien structurés et des compétences de base en traitement de données et communication visuelle augmentent la visibilité des étudiants auprès des employeurs. Les retours d’entreprises locales – administrations communales, start-ups bruxelloises, PME industrielles liégeoises – convergent vers une attente claire : des compétences numériques opérationnelles, transversales et documentées (réseaux d’entreprises – témoignages institutionnels, 2023–2024).
Attention : Les enquêtes montrent un risque d’inégalités accrues lorsque les cours s’appuient trop sur les équipements personnels des étudiants. Les établissements doivent prévoir des alternatives : prêts d’appareils, salles équipées, contenus accessibles hors ligne et accompagnement individualisé (Fondation Roi Baudouin, Baromètre de l’inclusion numérique 2022).
Conseils pratiques plébiscités par les étudiants
Au fil des retours consolidés, plusieurs demandes récurrentes émergent côté étudiants :
- Un « kit de base » clair des compétences numériques attendues à chaque degré, avec ressources en libre accès et exercices autoformatifs (FWB ; Vlaanderen – référentiels internes).
- Des plateformes limitées en nombre mais bien intégrées, avec authentification unique et support documentaire à jour (CIRB – mutualisation des services scolaires).
- Des évaluations explicites qui distinguent fond et forme, et valorisent la démarche (traçabilité des sources, gestion de projet, collaboration en ligne) (rapports d’établissement – 2022–2024).
- Des espaces de travail sur site : bibliothèques, EPN, salles informatiques à horaires élargis, notamment à Bruxelles, Liège et Mons (réseaux de lecture publique – FWB).
- Des ateliers pratiques de cybersécurité, de data literacy et d’éthique de l’IA, alignés sur les attentes du marché local (réseaux d’entreprises – besoins identifiés, 2023–2024).
Ces priorités peuvent être mises en œuvre sans surcharger les équipes, à condition d’une planification réaliste, d’une mutualisation inter-établissements et d’un pilotage clair par les directions et pouvoirs organisateurs.
Futurs développements attendus
Vers des référentiels nationaux mieux harmonisés
La Belgique avance, mais les acteurs attendent une plus grande harmonisation des référentiels de compétences numériques entre communautés, afin d’assurer la transférabilité des acquis pour les étudiants qui changent de région ou de réseau. L’objectif est une colonne vertébrale commune – littératie numérique, sécurité, programmation de base, data literacy, production multimédia – enrichie selon les spécificités locales. Les échanges entre Bruxelles, Wallonie et Flandre pourraient aboutir à des matrices partagées et à des évaluations comparables, tout en respectant l’autonomie des systèmes (FWB ; Vlaanderen – orientations stratégiques, 2024–2026).
Un autre chantier concerne la mesure des acquis. Des évaluations standardisées par échantillonnage, inspirées des cadres OCDE, pourraient permettre de suivre l’évolution des compétences numériques au fil des années, en s’assurant que les écarts entre quartiers et entre filières se réduisent. Des villes comme Charleroi et Anvers, où la diversité des profils est forte, pourraient servir de laboratoires pour des suivis longitudinaux adossés à des politiques locales de soutien (OCDE – PISA et cadres de compétences, 2022–2025).
Enfin, la consolidation des infrastructures reste prioritaire : sécurisation des réseaux, maintenance planifiée, interopérabilité des outils et sobriété numérique. Un investissement initial sans stratégie de cycle de vie expose à des coûts cachés et à des interruptions pédagogiques. Les administrations régionales et communales, en lien avec le CIRB à Bruxelles et les opérateurs en Flandre et en Wallonie, sont appelées à aligner les marchés publics, les standards de sécurité et les dispositifs de support (CIRB ; Vlaanderen – Digisprong).
IA éducative, données et éthique
L’essor de l’intelligence artificielle dans l’enseignement numérique ouvre des perspectives, mais appelle des garde-fous. Les outils adaptatifs peuvent soutenir la remédiation, tandis que les assistants d’écriture et d’analyse aident à structurer la pensée. Les établissements sont toutefois attendus sur des chartes d’usage claires, intégrant la citation des outils, la transparence des données utilisées et des politiques anti-plagiat équitables. Les bibliothèques universitaires de Bruxelles et de Liège, déjà actives sur la littératie informationnelle, ont commencé à publier des guides d’usage responsable de l’IA (bibliothèques universitaires – guides IA, 2023–2024).
La gouvernance des données devient un enjeu critique. Les écoles devront s’assurer que les flux d’information respectent le RGPD, que les contrats avec les fournisseurs sont transparents et que les étudiants conservent la maîtrise de leurs contenus. À l’échelle communale, des organes comme le CIRB peuvent accompagner la mutualisation des clauses-type et des audits de sécurité. La maîtrise de ces aspects juridiques et techniques fait partie intégrante des compétences numériques instituées à l’école (Autorité de protection des données – Belgique).
En parallèle, la sobriété numérique gagne en importance. Optimiser la consommation énergétique des infrastructures scolaires, limiter la duplication des données, paramétrer la qualité des visioconférences en fonction des besoins réels, ou encore prolonger la durée de vie des équipements par une maintenance proactive sont des axes attendus. Ces pratiques répondent à des objectifs budgétaires, écologiques et pédagogiques, et peuvent être intégrées aux cours de sciences ou d’éducation à la citoyenneté à Namur, Mons et Gand (plans climat locaux – communes et réseaux scolaires, 2023–2026).
Bon à savoir : Plusieurs régions européennes, dont la Flandre via Digisprong, ont prévu des budgets pluriannuels pour la maintenance et la formation, pas seulement pour l’achat initial d’équipements : un point d’attention pour assurer la pérennité des investissements (Vlaanderen – Digisprong, 2021–2024).
Conseils actionnables pour accélérer la montée en compétences
Pour traduire ces ambitions en progrès mesurables, des pas concrets peuvent être généralisés dès maintenant :
- Établir un référentiel local des compétences numériques par degré, adossé à des grilles d’évaluation simples et publiées, et l’inscrire dans le projet d’établissement (FWB ; Vlaanderen – cadres internes).
- Limiter le nombre de plateformes à un écosystème interopérable, avec authentification unique, et documenter chaque outil par des tutoriels concis (CIRB – excellence opérationnelle scolaire).
- Mettre en place des « semaines numériques » interdisciplinaires : datajournalisme de quartier à Bruxelles, cartographie citoyenne à Liège, design d’information à Anvers, avec livrables publics et retour critique (rapports d’établissement – 2022–2024).
- Ouvrir des créneaux hebdomadaires d’ateliers étudiants dédiés à la cybersécurité, à la gestion des données et à la recherche documentaire, animés par des bibliothécaires et des enseignants (réseaux de bibliothèques – FWB).
- Professionnaliser davantage la fonction de coordinateur numérique et planifier la maintenance préventive, pour fiabiliser l’environnement d’apprentissage (CIRB ; Digisprong – recommandations opérationnelles).
Ces mesures, assorties d’un suivi d’indicateurs (taux d’usage des plateformes, satisfaction étudiante, incidents de sécurité, progression des acquis), permettent de piloter l’amélioration continue et de rendre des comptes aux communautés éducatives et aux pouvoirs organisateurs.
Attention : Sans indicateurs clairs et partagés, les politiques numériques à l’école risquent de se diluer. Fixer des objectifs annuels mesurables – par exemple, généraliser l’évaluation par portfolio numérique en 5e et 6e secondaire à Liège, Bruxelles et Gand – favorise la cohérence et la transparence (OCDE – pilotage par les résultats, 2021–2024).
Sources
- Représentation de la Commission européenne en Belgique – 70% des Belges et compétences numériques à l’école (11/12/2025)
- Statbel – TIC ménages et individus en Belgique (accès internet, usages)
- Fondation Roi Baudouin – Baromètre de l’inclusion numérique 2022
- Vlaanderen – Digisprong (politique numérique pour l’enseignement)
- Digital Wallonia – Éducation et programme École Numérique
- OCDE – Enquête TALIS (formation et besoins des enseignants, Belgique)
- OCDE – PISA (cadres de compétences, littératie numérique et lecture)
- CIRB – Centre d’Informatique pour la Région Bruxelloise (services numériques scolaires)
- Autorité de protection des données – Belgique (RGPD et guidance secteur éducatif)